Pourquoi la HEP-Vaud défend-elle la poésie ?


Depuis deux ans et lors des Assises de la poésie (mars 2018), la Haute Ecole pédagogique vaudoise a montré un intérêt particulier pour améliorer l’enseignement de la poésie dans les degrés obligatoires et post-obligatoires. Le mois dernier, le site poesie-en-classe.ch, qui met en valeur des instruments pour les enseignants, a été inauguré. Entretien de Violeta Mitrovic avec José Ticon, professeur en didactique du français à la HEP-Vaud, et Vincent Capt, maître d’enseignement et de recherche dans la même institution.

 

V.M : Comment la HEP-Vaud défend-elle l’enseignement de la poésie ?

J.T : La HEP défend et promeut une lecture littéraire en prise avec le vécu du lecteur, ses émotions, sa part sensible. Le dispositif des cercles de lecture, notamment, privilégie une construction de sens à la fois personnelle et partagée. La dimension d’une poésie qui conteste les usages normés du langage et qui réinvente l’espace de la page ou des mots est peu, trop peu évoquée, faute de temps sans doute ! La mise en évidence des compétences orales dans le P.E.R. (Plan d’étude romand) ouvre des opportunités pour mieux réfléchir à la voix et au corps dans le texte.

V.M : Pourquoi mettre la poésie à l’honneur ?

J.T : La collaboration avec l’UNIL, notamment pour proposer des formations continues et diriger des thèses de doctorat, crée d’excellentes stimulations pour réfléchir à la place de la poésie dans la formation initiale des enseignants. Quels apprentissages vise-t-on pour les élèves ? Quelles plus-values apporte l’exposition aux textes poétiques, tant pour l’acquisition de la langue que pour des compétences transversales comme la pensée créative et la collaboration ? Le chantier est ouvert !

V.M : Quels sont les grands événements qui jalonnent la réflexion et sur quoi ont-ils porté ?

V.C : À mon sens, il s’agit de dépoussiérer les représentations des étudiants sur la poésie en leur faisant découvrir des corpus de textes (inédits et canoniques) et des activités à faire en classe pour valoriser et travailler différentes formes de compétences requises dans le PER.

J.T : En 2016, une table ronde sur la place de la poésie dans l’enseignement a été organisée à la HEP en collaboration avec l’UNIL. Quelques réflexions ont émergé :

  • Il y a des positions ambiguës de la poésie sur l’échiquier scolaire : forte présence dans les premiers degrés, puis relégation au profit du récit et de l’argumentation ; trop ludique ou trop sérieuse ; ne fait qu’apprendre la versification de façon formelle.
  • La poésie intéresse car elle sert aux pratiques d’écriture spontanées des élèves, mais elle porte les défauts de contact des enseignants et étudiants avec des corpus poétiques au sein de leur formation.
  • Appel à une didactique renouvelée de la poésie qui permette de mettre en contact les élèves avec des explorations convaincantes de la poésie.
  • Une question se pose : comment entrer en contact et maintenir ce contact ?

Forts de ces questions, en 2017, nous avons co-organisé des laboratoires d’échanges de pratiques poétiques entre chercheurs et enseignants. Ces laboratoires ont nourri des réflexions pour aboutir à une demi-journée de formation qui s’est attachée à proposer des dispositifs concrets et convaincants de pratiques poétiques, mettant en évidence le rapport corps-texte, mais aussi l’extrême intérêt de développer un espace interprétatif partagé entre les élèves et les enseignants face à des poèmes résistants.

V.M : Quels projets pour la suite ?

V.C : Le plus important serait d’inclure dans notre cursus une ou plusieurs séances portant obligatoirement sur cet objet, par exemple dans le cadre d’un enseignement sur l’oral. Et ceci pour les étudiants de la HEP au primaire et au secondaire.

J.T : Poursuivre la réflexion déjà entamée à la HEP sur les effets de la mise en ligne de sites Internet offrant des ressources aux enseignants, quels sont leurs effets ? Un site est désormais en ligne, nous allons l’intégrer à nos scénarios de formation initiale. Et nous allons enrichir les pages du site, en collaboration avec Antonio Rodriguez de l’UNIL.

 

Photographie : Le professeur José Ticon lors des Assises de la poésie 2018.